Se former à la thérapie de couple : ce que l’approche analytique change

Deux fauteuils face à face autour d’une table basse, image d’une séance de thérapie de couple

À l’IADPS Formations, il n’existe pas de cursus autonome consacré exclusivement à la thérapie de couple. C’est un choix pédagogique : à mes yeux, il serait artificiel de séparer l’étude du couple de celle du sujet. Tout au long de notre formation en sexothérapie analytique, nous étudions l’individu dans sa singularité, son histoire et son fonctionnement psychique, mais aussi les dynamiques relationnelles qui se construisent entre deux partenaires. Comprendre le couple, c’est précisément articuler ces deux dimensions.

Dans mon cabinet, les partenaires arrivent souvent persuadés que leur difficulté vient d’abord de l’autre. L’un souhaite être davantage entendu ; l’autre se sent constamment critiqué. Chacun décrit ce qui manque, parfois avec beaucoup de souffrance. Mais derrière la demande explicite, une autre question apparaît : qu’attend-on inconsciemment de son partenaire, et que parvient-on réellement à exprimer de soi ? C’est là que l’écoute analytique prend tout son sens.

Qu’est-ce qu’un thérapeute de couple ?

Le thérapeute de couple reçoit deux personnes qui souhaitent comprendre une difficulté dans leur relation : conflits répétés, éloignement, jalousie, rupture de communication, désaccords autour de l’intimité ou questionnement sur la poursuite de leur vie commune. Son rôle n’est ni de désigner un coupable ni de convaincre les partenaires de rester ensemble. Il ouvre un espace de parole où chacun peut être entendu comme sujet.

On rencontre aussi l’appellation de thérapeute conjugal. Elle ne doit pas être confondue automatiquement avec celle de conseiller conjugal et familial, qui renvoie à une activité d’accueil, d’information, d’écoute et d’accompagnement autour de la vie relationnelle, affective et familiale, exercée dans des cadres de formation et d’intervention spécifiques. Les approches et les parcours ne sont pas interchangeables. Pour accompagner les couples, il importe de préciser sa méthode, sa formation, son cadre d’exercice et les limites de ses compétences.

Une consultation de couple n’est pas la juxtaposition de deux consultations individuelles. Le praticien écoute également ce qui se construit entre les partenaires : les places prises, les silences, les attentes, les alliances et les incompréhensions. Il doit rester attentif à la sécurité de chacun ; lorsqu’une situation d’emprise ou de violence est présente, le cadre conjoint peut être inadapté et une orientation spécifique nécessaire.

Les grandes approches de la thérapie de couple

Il existe plusieurs façons d’aborder les difficultés conjugales. L’approche systémique observe les interactions : comment une réponse entraîne une autre réponse, comment un conflit s’entretient, et quelle fonction peuvent avoir certaines habitudes relationnelles dans l’équilibre du couple. Elle s’intéresse aux boucles de communication et au contexte familial.

Les approches comportementales et cognitives travaillent notamment sur les comportements, les pensées, la régulation émotionnelle et les compétences relationnelles. Elles peuvent proposer des exercices concrets pour améliorer les échanges ou modifier des interactions devenues douloureuses.

L’approche analytique, celle que j’ai choisie, pose une question supplémentaire : que vient rejouer cette relation pour chacun ? Elle s’intéresse aux conflits inconscients, aux identifications, aux projections, au choix du partenaire et à l’histoire infantile. Ces différentes approches ne s’excluent pas nécessairement ; elles n’éclairent simplement pas les mêmes dimensions. Ce qui me passionne dans la psychanalyse, c’est la possibilité d’entendre, derrière une dispute actuelle, une souffrance beaucoup plus ancienne.

Ce qui se joue dans un couple, vu par la psychanalyse

Dans la vie à deux, ce que nous croyons demander consciemment ne correspond pas toujours à ce que nous attendons inconsciemment. Le travail analytique ne consiste pas à interpréter chaque parole à tout prix, mais à rendre progressivement pensables certains mouvements qui échappaient jusque-là aux partenaires.

Le choix du partenaire et la répétition

Nous ne choisissons pas notre partenaire uniquement à partir de critères rationnels. Une manière d’être aimé, une distance affective familière ou un sentiment d’insécurité peuvent résonner avec notre histoire. Le choix du partenaire peut ainsi s’inscrire dans des scénarios relationnels anciens. Cela ne signifie ni que tout est déterminé par l’enfance ni que l’on rechercherait volontairement la souffrance.

En consultation, j’observe parfois des personnes qui décrivent plusieurs relations très différentes en apparence, mais retrouvent toujours la même place : celle qui attend, qui réclame, qui s’efface ou qui redoute d’être abandonnée. Le travail porte alors moins sur la recherche d’un responsable que sur la répétition elle-même : qu’est-ce qui devient si familier dans ce lien ? Et qu’est-ce qui pourrait désormais se vivre autrement ?

Idéalisation, projection et dépendance

Au début d’une relation, l’idéalisation peut donner l’impression d’avoir enfin rencontré celui ou celle qui nous comprendra parfaitement. Progressivement, la différence entre les deux personnes réapparaît. Le partenaire ne devine pas tout, ne répond pas à toutes les attentes et possède ses propres limites. La désillusion peut être douloureuse lorsque l’autre était investi comme une réponse à un manque intérieur.

Une situation récente de cabinet m’a particulièrement rappelé ce mécanisme. Une personne reprochait à son partenaire de ne pas respecter ses besoins et de ne pas suffisamment tenir compte de ce qu’elle était. Pourtant, au fil de l’échange, une difficulté est apparue : elle-même peinait à identifier ses désirs, à les respecter et à les formuler clairement. Elle attendait presque que l’autre les découvre à sa place.

Il ne s’agissait pas de lui donner tort. Sa souffrance était réelle. Mais cette attente pouvait évoquer une position relationnelle plus infantile, où l’autre serait supposé savoir, combler et rassurer sans qu’une demande soit mise en mots. Les phénomènes de projection et certaines formes de dépendance affective prennent parfois appui sur cette attente implicite. L’enjeu est d’aider chacun à reconnaître ce qui relève de son propre monde intérieur.

Désir et sexualité au cœur du lien

La sexualité n’est pas un domaine séparé de la relation. Le désir peut être nourri par la rencontre, la confiance, la différence et la liberté ; il peut aussi se trouver entravé par les tensions, les blessures, la fatigue ou des attentes contradictoires. La libido ne suit pas une trajectoire identique chez les deux partenaires, ni un rythme constant au fil des années.

En cabinet, une baisse de désir est parfois présentée comme la preuve que l’amour a disparu. Or la question mérite d’être ouverte : que représente aujourd’hui l’intimité pour chacun ? Est-elle devenue une obligation, un lieu de validation narcissique, une demande de réassurance ou un espace de plaisir partagé ? Il n’existe pas de réponse universelle. La parole permet déjà de sortir d’une lecture uniquement accusatrice ou culpabilisante.

Blessures narcissiques et mécanismes de défense

Une remarque apparemment banale peut déclencher une réaction disproportionnée. Un retard, une absence de message ou une critique sur l’organisation du quotidien peuvent être vécus comme un rejet profond. Le narcissisme est alors touché : la personne ne se sent plus reconnue, aimée ou importante.

Face à cette blessure, les mécanismes de défense peuvent prendre différentes formes : attaque, retrait, ironie, justification incessante ou silence. Dans un échange de couple, chacun risque alors de répondre à la défense de l’autre plutôt qu’à ce qu’il éprouve réellement. Il devient utile de ralentir la scène et de demander : « Qu’avez-vous ressenti à cet instant ? » Cette question simple peut ouvrir un autre niveau d’élaboration, à condition que la personne soit prête à l’entendre.

L’histoire infantile réactivée dans la relation

Nos premiers liens contribuent à façonner certaines attentes affectives : être reconnu, ne pas être abandonné, être rassuré, conserver sa place. Dans la relation amoureuse, ces enjeux peuvent connaître une réactivation. Un partenaire peut vivre une prise de distance ordinaire comme une menace, tandis que l’autre ressent une demande de proximité comme une intrusion.

Ce qui m’intéresse particulièrement est le moment où une personne parvient à dire « je me suis senti seul » plutôt que « tu m’abandonnes toujours ». Passer du « tu » accusateur au « je » qui décrit son éprouvé n’est pas une simple technique de communication. C’est parfois le signe qu’un vécu jusque-là projeté sur l’autre commence à être reconnu et mis en mots. Le thérapeute n’impose pas cette lecture : il propose un questionnement lorsque les conditions psychiques permettent de l’accueillir.

Pourquoi on n’accompagne pas un couple sans parler de sexualité

La sexualité du couple est parfois absente des premières demandes. Les partenaires parlent de disputes, de manque de respect ou de communication, mais hésitent à évoquer leurs difficultés intimes. Honte, peur de blesser, sentiment d’échec ou crainte d’être jugé peuvent retenir la parole. Pourtant, le corps et le désir disent parfois quelque chose de la place que chacun occupe dans le lien.

C’est l’une des raisons pour lesquelles la sexothérapie analytique me paraît pertinente. Elle relie les dimensions affectives, psychiques et sexuelles, sans réduire un symptôme à une seule cause. Une difficulté sexuelle peut avoir plusieurs déterminants, notamment relationnels, psychologiques ou médicaux ; lorsque cela est nécessaire, une évaluation ou une orientation vers un professionnel de santé fait partie d’un accompagnement responsable.

Je veille à ce que chacun puisse parler sans être humilié ni contraint. Parfois, mettre des mots sur un évitement ou une frustration permet de découvrir une peur plus profonde : ne plus séduire, décevoir, perdre l’autre ou ne pas être assez. Ce déplacement du reproche vers l’expression de soi change souvent la qualité de l’échange, même lorsqu’aucune solution immédiate n’apparaît.

Quelle formation pour devenir thérapeute de couple ?

Pour devenir thérapeute de couple, il faut d’abord choisir une approche cohérente avec sa manière de comprendre la relation. Je recommande d’examiner le contenu réel des enseignements : place accordée au couple, à la sexualité, aux mécanismes psychiques, aux situations cliniques, à l’éthique et aux limites de l’intervention. L’expérience des formateurs, la supervision et le travail personnel méritent une attention particulière.

Une formation à distance peut convenir aux personnes déjà engagées dans une activité professionnelle. Les cours en ligne et leurs replays permettent d’organiser l’étude, mais ils ne remplacent ni la réflexion personnelle ni l’apprentissage du cadre clinique. Il est aussi important de vérifier précisément l’intitulé du parcours et la nature du document remis : toutes les formations ne préparent pas à la même pratique.

Je conseillerais enfin de se méfier des promesses de recettes applicables à tous les couples. Accompagner deux sujets, c’est accepter la complexité, les résistances et les limites de ce que l’on peut comprendre en une séance. L’écoute demande autant de prudence que de connaissances.

Accompagner les couples avec la sexothérapie analytique

À l’IADPS Formations, l’accompagnement du couple traverse la formation professionnalisante en sexothérapie analytique : il ne s’agit pas d’un module isolé ni d’un cursus supplémentaire. Sur 10 mois, 34 séances en visioconférence associent enseignements théoriques et études de cas pratiques, avec accès aux replays. L’étude du sujet et celle du lien de couple avancent ensemble.

Choix du partenaire, répétitions, désir, projections, conflits, sexualité : ces questions prennent sens à la fois dans l’histoire singulière de chacun et dans la relation qui se tisse à deux. Les échanges pédagogiques, les ressources complémentaires et le groupe WhatsApp dédié prolongent cette réflexion entre les cours. Sous réserve de satisfaire aux évaluations prévues, un certificat de réussite est délivré dans le cadre de la formation en sexothérapie analytique.

Mon ambition n’est pas de transmettre des réponses toutes faites, mais une manière d’écouter. J’aimerais que les apprenants puissent entendre ce qui se dit derrière le reproche, distinguer l’histoire de chacun de la dynamique commune et laisser à chaque partenaire la possibilité de devenir davantage sujet de sa parole. C’est ce déplacement, du jugement vers l’élaboration, qui me paraît essentiel.

Questions fréquentes

Faut-il une formation spécifique pour devenir thérapeute de couple ?

Il n’existe pas une seule voie de formation pour accompagner les couples. Plusieurs approches proposent des cadres théoriques et des apprentissages différents. Il est essentiel de choisir un parcours sérieux, de connaître ses limites de compétence et de poursuivre sa réflexion clinique. L’intitulé d’une formation ne suffit pas, à lui seul, à garantir l’aptitude à recevoir un couple.

Peut-on se former à la thérapie de couple à distance ?

Oui, des enseignements portant sur la relation de couple peuvent être suivis à distance. Les visioconférences et les replays permettent de concilier formation et obligations professionnelles. Il faut néanmoins prévoir du temps pour les lectures, les études de cas et le travail personnel. L’apprentissage du cadre d’accompagnement demeure une exigence centrale.

L’IADPS propose-t-elle une formation en thérapie de couple ?

Non, l’IADPS ne propose pas de cursus autonome consacré uniquement à la thérapie de couple. C’est parce que l’étude du couple est intégrée tout au long de la formation en sexothérapie analytique : on y explore à la fois la singularité psychique de chaque partenaire et les dynamiques conscientes et inconscientes de leur relation. Le parcours comprend 34 séances en visioconférence et des ressources complémentaires. Il conduit, sous réserve de réussite aux évaluations, à un certificat de réussite en sexothérapie analytique.

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